Communication de la Commission 2026/3555 au Parlement européen et au Conseil du 22 juillet 2026 sur le plan d’action de l’UE contre le trafic de drogue

Date de signature :22/07/2026 Statut du texte :En vigueur
Date de publication :22/07/2026 Emetteur :
Consolidée le : Source :JOUE Série C du 22 juillet 2026
Date d'entrée en vigueur :23/07/2026
Communication de la Commission 2026/3555 au Parlement européen et au Conseil du 22 juillet 2026 sur le plan d’action de l’UE contre le trafic de drogue

Avis du Comité économique et social européen

Communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur la stratégie de l’UE en matière de drogue


[COM(2025) 743 final]

Communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur le plan d’action de l’UE contre le trafic de drogue

[COM(2025) 744 final]

(C/2026/3555)

Rapporteur : Diego DUTTO
Conseillère Sabrina MOLINARO (pour le rapporteur du groupe III)
Consultation Commission européenne, 24.2.2026
Base juridique Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne
Compétence Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»
Adoption en section 14.4.2026
Adoption en session plénière 29.4.2026
Session plénière n°605
Résultat du vote (pour/contre/abstentions) 193/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1. Surveillance proactive et normalisation

1.1.1. Le Comité économique et social européen (CESE) soutient que l’efficacité de la stratégie de l’Union dépendra de sa capacité à anticiper les tendances. Il recommande à la Commission d’aller au-delà des indicateurs réactifs (saisies et décès liés à la drogue) et de prévoir un soutien structurel et obligatoire pour des systèmes de surveillance normalisés. Le modèle ESPAD de suivi des tendances chez les jeunes (projet européen d’enquête en milieu scolaire sur l’alcool et les autres drogues), déjà adopté par l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA), en est un exemple. Seules des enquêtes régulières et comparables sont à même de détecter des changements dans les modes de consommation à un stade précoce, avant qu’ils ne deviennent des urgences sociales.

1.2 Lutter contre la consommation hors RCP de substances légales

1.2.1. Le CESE constate avec inquiétude que la stratégie se trouve quelque peu biaisée par l’attention qu’elle focalise sur les substances illicites traditionnelles. Or les dernières données issues du projet ESPAD montrent que les jeunes se tournent vers l’utilisation hors résumé des caractéristiques du produit (RCP) de drogues licites (sédatifs et tranquillisants). Le Comité préconise d’élaborer des orientations de l’UE destinées à surveiller la prescription de médicaments et à mener des campagnes de sensibilisation ciblant le risque de dépendance aux substances psychoactives licites.

1.3 Prévention d’une crise des opioïdes et surveillance réglementaire plus large

1.3.1. Compte tenu de l’expérience américaine, le CESE recommande un suivi rigoureux de la prévalence de la consommation d’analgésiques opioïdes. Des mesures s’imposent pour éviter qu’une partie de la société — a priori non exposée au risque — ne développe une dépendance à de telles substances obtenues par des voies légales. Cette situation engendrerait un réservoir de consommateurs que la criminalité organisée pourrait à l’avenir approvisionner en produits illicites. Le Comité plaide en faveur d’une coopération plus étroite entre l’EUDA et l’Agence européenne des médicaments (EMA).

1.4 Déploiement de protocoles d’«intervention précoce»

1.4.1. Le CESE estime que les références aux stratégies d’intervention immédiate sont insuffisantes. Il conviendrait que l’Union européenne mette en place des protocoles d’intervention précoce afin d’aider les services sociaux et de santé à détecter les nouveaux usagers à un stade précoce de leur consommation de drogue. Le périmètre de cette approche devrait inclure les cadres scolaire, privé et professionnel, sans s’attacher uniquement à réduire les dommages chroniques.

1.5 Élaboration d’indicateurs clés de performance en matière sociale et de santé

1.5.1. Alors que le plan d’action contre le trafic de drogue [COM(2025) 744] établit des objectifs clairs pour les forces de police, le volet «santé» de la stratégie semble manquer d’outils de mesure rigoureux. Si le CESE prend acte des mesures prises par l’EUDA pour renforcer sa boîte à outils d’évaluation des politiques, il estime cependant que la surveillance ne devrait pas se cantonner à suivre les progrès accomplis sur le plan de la procédure mais devrait aussi mesurer les effets concrets sur le terrain. Le Comité recommande de mettre en place des indicateurs clés de performance (ICP) spécifiques dans le but d’évaluer l’efficacité des politiques de prévention, mesurant ainsi les succès engrangés non pas du seul point de vue des saisies de drogues, mais aussi au regard de la diminution du nombre de nouvelles addictions et de l’efficacité des parcours de réinsertion. Ces indicateurs et protocoles devraient être pensés comme des outils destinés à faciliter la détection précoce des situations de détresse et des modes de consommation émergents par les services sociaux et de santé, et ce dans le plein respect des compétences des États membres en matière de politiques de prévention sociale et de santé.

1.6 Résilience des infrastructures et infiltration de l’économie légale

1.6.1. Si le CESE se félicite de l’attention qu’accorde le plan d’action à la résilience des ports, il met en garde contre le fait que la criminalité organisée est d’ores et déjà en train de diversifier ses intérêts en se tournant vers la production et le trafic de produits chimiques et de précurseurs pharmaceutiques. Le Comité recommande d’étendre les partenariats public-privé au-delà des plateformes logistiques et d’y inclure l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement chimique et pharmaceutique afin d’éviter toute infiltration dans le tissu économique légal de l’Union européenne.

1.7 Une approche globale garante d’un juste équilibre entre sécurité et santé

1.7.1. Le CESE rappelle que la lutte contre le trafic de drogue ne peut être dissociée d’une politique solide en matière de santé publique. Il recommande que les futurs plans de financement de l’Union (2026-2030) préservent un équilibre financier adéquat entre le soutien aux activités répressives et l’investissement dans des systèmes de prévention et de surveillance de la consommation de drogue au sein de la société, ce dernier élément étant essentiel pour protéger le capital humain de l’Europe.

1.8 Absence d’une intervention de proximité

1.8.1. Le CESE note que le plan d’action se concentre presque exclusivement sur la sécurisation des infrastructures physiques (ports, centres logistiques) et numériques, en négligeant la dimension de proximité. Il préconise d’y intégrer des actions visant à renforcer la résilience des communautés locales grâce à des programmes d’éducation et de sensibilisation ainsi qu’à des échanges de bonnes pratiques susceptibles de créer une véritable prise de conscience collective des risques et des dommages liés au trafic de drogue pour la société. Les partenariats public-privé peuvent soutenir davantage la prévention, le renforcement des capacités, la recherche et les activités de sensibilisation sur le terrain en mettant en commun l’expertise et les ressources de différents secteurs. La criminalité organisée ne saurait être combattue sans la participation active de la société civile et des réseaux de proximité qui sont actifs au coeur des milieux les plus vulnérables.

1.9 Utilité d’orientations relatives aux politiques visant à réduire la prolifération de la consommation de drogue

1.9.1. Le Comité souligne que le plan d’action ne fournit pas suffisamment d’orientations aux États membres concernant les politiques publiques nécessaires pour réduire la prolifération de la consommation de drogue. Il recommande à la Commission d’assortir les mesures axées sur l’offre (saisies et arrestations liées à la drogue) d’un cadre de recommandations opérationnelles visant à promouvoir l’uniformité des stratégies de prévention primaire, tout en respectant pleinement les compétences des États membres. L’Union européenne doit s’attacher à établir des orientations claires quant à la manière de limiter l’accessibilité des substances, qu’elles soient licites ou illicites, en proposant des modèles de gouvernance sanitaire et sociale qui dépassent le cadre du simple maintien de l’ordre public.

1.10. Le CESE se félicite de l’approche intégrée de la Commission présentée dans la stratégie de l’UE en matière de drogue et dans son plan d’action, et salue les actions entreprises pour coordonner les politiques de sécurité et de santé publique. Toutefois, le Comité estime que le cadre stratégique actuel présente des lacunes structurelles, avec le risque de voir les réponses de l’Union accuser systématiquement du retard face à la rapidité des nouvelles tendances de consommation.

1.11. En résumé, la position du CESE s’articule autour de trois axes fondamentaux. 1.12. En conclusion, le CESE recommande de veiller à ce que les investissements bénéficient également à l’intervention précoce, à l’éducation, à la sensibilisation et au renforcement de la participation de la société civile, afin d’accroître la résilience de la société et de faire en sorte que la lutte contre la drogue ne se résume pas au maintien de l’ordre public, mais devienne une véritable politique de protection sociale et sanitaire.

2. Observations générales

2.1. Le CESE se félicite de la coordination en matière de sécurité et de santé que propose la Commission dans cette stratégie. Toutefois, il souligne que cette dernière doit être plus étroitement alignée sur les nouveaux modes de consommation émergents, en mettant l’accent non plus uniquement sur la lutte contre les drogues illicites traditionnelles, mais aussi sur la prévention de l’utilisation abusive de substances psychoactives légales. Il recommande d’investir davantage dans l’intervention précoce et la surveillance en se basant sur des normes scientifiques établies.

2.1.1. Renforcer la surveillance épidémiologique (COM 743 — section sur la surveillance fondée sur des données probantes) 2.1.2. Élargir le périmètre d’action relatif aux substances (COM 743 — section sur la prévention ciblée) 2.1.3. Intégration de la dimension de proximité (COM 744 — prévention de la criminalité) 2.1.4. Mise en place d’indicateurs de performance sociaux (COM 743 et 744 — section sur l’évaluation) 2.1.5. Lutter contre le détournement des précurseurs et des médicaments (COM 744 — section sur les drogues de synthèse) 2.1.6. Appel en faveur d’orientations de l’UE relatives à la réduction de la demande (COM 743 — conclusion) 2.2. L’initiative de la Commission européenne— le présent avis analyse le train de mesures adopté par la Commission européenne le 4 décembre 2025, lequel comprend la stratégie de l’UE en matière de drogue [COM(2025) 743 final]et le plan d’actionconnexe de l’UE contre le trafic de drogue [COM(2025) 744 final]. Ces documents définissent le cadre politique et opérationnel de l’Union européenne pour la période 2026-2030 et visent à répondre à l’évolution d’un marché criminel de plus en plus violent ainsi qu’à l’émergence de nouvelles menaces pour la santé publique.

2.3. Objectifs de la stratégie et du plan d’action— la stratégie (COM 743) entend intégrer les politiques de sécurité dans les politiques de santé, en encourageant une approche englobant l’ensemble de la société et s’efforçant de réduire simultanément l’offre et la demande. Parallèlement, le plan d’action (COM 744) met l’accent sur la lutte opérationnelle contre les réseaux criminels, avec 19 actions prioritaires incluant le renforcement de la résilience des plateformes logistiques (ports et douanes), le démantèlement des réseaux de production de drogues de synthèse et la lutte contre le recrutement de mineurs par la criminalité organisée.

2.4. Le rôle du CESE et la nécessité d’un changement de paradigme— en sa qualité d’organe consultatif, le CESE salue les efforts visant à améliorer la coordination entre les États membres et les agences européennes (EUDA, Europol, EMA). Toutefois, le Comité estime que le cadre stratégique de l’UE doit non seulement s’attaquer à la dynamique traditionnelle du trafic de drogue, mais aussi s’adapter de toute urgence aux nouveaux modes de consommation. Comme l’ont montré de récentes enquêtes menées auprès des jeunes, le défi auquel est confrontée l’Union européenne est en train d’évoluer vers une utilisation abusive de substances légales et pharmaceutiques. Ce glissement implique de mettre l’accent sur les mesures de prévention à un stade précoce et sur la résilience des communautés locales.

Bruxelles, le 29 avril 2026.

Le président du Comité économique et social européen
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